Historique des 6 Heures de Visé - Par Jacques Collard - Mai 2013

​Jacques COLLARD est celui par qui tout a commencé. Il était dès lors légitime de lui confier la plume pour rédiger cette préface.


Je considère avec sympathie la jeune équipe qui se propose de raviver le souvenir des Six Heures de Visé, aussi ai-je bien volontiers accepté la proposition qui m’a été faite de rédiger cette préface.


J’ai acquis mon expérience de la compétition automobile, sur Alfa-Roméo Giulietta Sprint, dans les rallyes de nuit du Royal Motor Union Liège. Ensuite, je suis passé de l’autre côté de la barrière et, après avoir organisé quelques épreuves traditionnelles, j’ai voulu innover : il y avait déjà des « 24 Heures » et des « 12 Heures », j’ai donc créé à Visé la formule des « 6 Heures ».

La première édition des « Six Heures de Visé » se déroule la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 1964.
C’est un circuit sur lequel on peut effectuer des reconnaissances durant le mois qui précède le départ, qu’il faut boucler trois fois, et auquel viennent s’ajouter deux parcours secrets.

 

1965
Le circuit, connu un mois à l’avance, est à parcourir en 1 h 30 et doit être bouclé 4 fois. Il comprend, à chaque tour, 2 étapes spéciales en côtes : Mauhin et Warsage, fermées à la circulation.
Contrairement aux parcours des autres rallyes de cette époque, il est entièrement asphalté.

A partir de 1967, le point de départ et d’arrivée est à Val-Dieu.
Le circuit doit être parcouru en 45 minutes et se déroule à 98% en rase campagne ; il comporte toujours les deux étapes spéciales de Mauhin et Warsage, et on doit le boucler 8 fois, c’est-à-dire que Les Six Heures de Visé se courent alors sur 400 Km et totalisent 16 étapes spéciales en côte.
Le parcours est tellement sinueux, avec ses 400 virages, que l’épreuve tient tout entière dans un quadrilatère de 10 km de côté, ce qui est une aubaine pour le public.
Les concurrents, espacés de 30 secondes seulement, doivent gérer le temps de manière à disputer les spéciales, boucler le reste du parcours, procéder le cas échéant à un ravitaillement, à des réglages ou à des réparations, afin de pointer au contrôle de Val-Dieu à la 45e minute et repartir aussitôt.
Pour conserver le lien avec la ville dont l’épreuve porte le nom, le parc des concurrents se trouve sur le plateau de Lorette, à Visé, d’où ils partent en colonne que je guide jusqu’à Val-Dieu dans une voiture toujours un peu spéciale qui rehausse le prestige de ce défilé, et que j’emprunte à des amis ou connaissances : Matra 530, Apal Horizon GT, Lamborghini Miura, et enfin Ferrari 365 GTB Daytona.

 

1968
Le succès de foule est tel que Les Six Heures de Visé sont maintenant devenues un spectacle qui se déroule en plein jour, profitant chaque fois d’une belle après-midi ensoleillée, sur un circuit noir de monde, et sont à ce point populaires que nombreux sont ceux qui offrent spontanément leurs services pour tenir un contrôle de passage, notamment l’épouse d’un garde champêtre tandis que celui-ci veille un peu plus loin à la sécurité, et c’est souvent la kermesse ou le pique-nique tout au long du parcours.

 

1969
Le nombre de concurrents - pilotes confirmés et amateurs doués - ne cesse de croître et je dois allonger le circuit, en ajoutant par la même occasion une étape spéciale supplémentaire : la côte de Teuven.
La formule de l’épreuve devient : 5 tours de circuit connu de 72 minutes, comportant chacun 3 étapes spéciales en côtes sur routes fermées, et pilote seul à bord. Les Six Heures de Visé totalisent ainsi 15 étapes spéciales, c’est-à-dire une de moins qu’en 1968, mais la variété y gagne avec Teuven en plus.
L’épreuve est remportée par Louis Lempereur, sur sa Lotus Super Seven.
C’est cette année-là que j’intègre des cameramen à mon équipe d’organisation. Ceux-ci opèrent tout au long du circuit, et le montage des diverses séquences débouchera sur un film qui sera projeté ultérieurement pour le plus grand plaisir des participants.

 

1970 : dernière édition des Six Heures de Visé
C’est le même circuit qu’en 1969. Je garde en mémoire la superbe victoire de Michel Joway, sur sa Lotus Elan, le bonheur de tous les autres d’avoir pris part à cette épreuve mythique, un film magnifique, et tous mes collaborateurs qui ont vécu avec moi, depuis des années, une formidable et inoubliable aventure, jusqu’à ce que des impératifs professionnels me contraignent hélas à y renoncer.

Et puis, 38 ans plus tard, des anciens concurrents et contrôleurs nostalgiques m’ont suggéré de revenir sur le théâtre de nos exploits. C’est ainsi que, le 13 septembre 2008, nous avons couvert un tour du circuit, sans moyenne imposée ni classement, certains même avec leur voiture d’époque, la tête pleine de souvenirs, avec auprès de nous la présence muette de tous ceux qui ne seront plus jamais là.

Les voitures anciennes qui participeront, le 6 octobre 2013, à l’évocation des Six Heures de Visé ressusciteront le décor d’autrefois, mais la plupart de leurs équipages sont nés après ce temps que les moins de soixante ans ne peuvent pas connaître. Ils apprendront ou se rappelleront à cette occasion que les Six Heures de Visé furent jadis un des fleurons du sport automobile en Belgique.

 

Jacques COLLARD

*avec l’autorisation de Jacques COLLARD